Le dispositif ALD 30 repose sur une liste réglementaire de pathologies ouvrant droit à l’exonération du ticket modérateur. Nous constatons que la plupart des contenus disponibles se limitent à reproduire cette liste sans détailler les subtilités du protocole de soins, ni les zones grises qui conditionnent réellement la prise en charge. Cet article cible les points opérationnels du parcours, depuis la rédaction du protocole jusqu’aux postes qui restent à la charge du patient malgré le statut ALD.
Protocole de soins ALD : ce que le médecin traitant engage réellement
Le protocole de soins est un document médico-administratif rédigé par le médecin traitant. Il ne se limite pas à cocher une pathologie sur une liste. Le praticien y inscrit les actes, les prestations et les traitements en rapport avec l’affection exonérante, en s’appuyant sur les référentiels publiés par la HAS pour chaque pathologie.
Ce point est souvent sous-estimé : seuls les soins inscrits au protocole bénéficient de l’exonération. Un acte médical réalisé hors du périmètre défini, même chez un patient en ALD, reste soumis au ticket modérateur classique. Le médecin traitant engage donc sa responsabilité en délimitant précisément le champ des soins pris en charge.
Une fois rédigé, le protocole est transmis au service médical de l’Assurance maladie, qui dispose d’un délai pour valider ou refuser. En l’absence de réponse dans ce délai, l’accord est réputé acquis. La durée de validité varie selon la pathologie, de deux à cinq ans renouvelables, et le renouvellement nécessite une réévaluation clinique.

Liste ALD 30 : pathologies exonérantes et cas particulier de l’hypertension
La liste, initialement composée de 30 affections, n’en compte plus que 29 en pratique. L’hypertension artérielle sévère a été retirée de la liste, bien que l’appellation « ALD 30 » persiste dans l’usage courant. Les patients déjà admis avant le retrait conservent leurs droits, mais aucune nouvelle admission n’est possible sur ce motif seul.
Voici les principales catégories de pathologies inscrites sur la liste :
- Pathologies cardiovasculaires graves : insuffisance cardiaque sévère, troubles du rythme graves, cardiopathies congénitales, maladie coronaire, artériopathies chroniques avec manifestations ischémiques, accident vasculaire cérébral invalidant.
- Pathologies métaboliques et endocriniennes : diabète de type 1 et de type 2, mucoviscidose, maladies métaboliques héréditaires nécessitant un traitement prolongé spécialisé.
- Pathologies neurologiques et neuromusculaires : formes graves des affections neurologiques et musculaires (dont myopathie), épilepsie grave, maladie de Parkinson, sclérose en plaques, paraplégie.
- Cancers et hémopathies : tumeur maligne, affection maligne du tissu lymphatique ou hématopoïétique, hémophilies et affections constitutionnelles de l’hémostase graves, hémoglobinopathies sévères.
- Pathologies psychiatriques, infectieuses et immunitaires : psychose, trouble grave de la personnalité, trouble bipolaire, infection par le VIH, déficit immunitaire primitif grave, tuberculose active, lèpre.
- Autres : insuffisance rénale chronique grave, maladies chroniques actives du foie et cirrhoses, polyarthrite rhumatoïde évolutive, spondylarthrite grave, rectocolite hémorragique et maladie de Crohn évolutives, sclérodermie généralisée évolutive, suites de transplantation d’organe.
Le qualificatif « grave », « sévère » ou « invalidant » accolé à chaque intitulé a une portée juridique. Un diabète de type 2 bien équilibré sous monothérapie, par exemple, ne relève pas automatiquement de l’ALD. C’est la sévérité clinique et la lourdeur du traitement qui conditionnent l’admission.
ALD hors liste et polypathologie : deux voies d’accès parallèles
Au-delà de la liste des 30, deux autres catégories d’ALD existent et modifient le parcours de soins. L’ALD dite « hors liste » (ou ALD 31) concerne des affections graves non inscrites sur la liste mais nécessitant un traitement prolongé de plus de six mois et une thérapeutique particulièrement coûteuse. L’admission repose sur un avis du service médical, au cas par cas.
La troisième voie, l’ALD « polypathologie » (ALD 32), vise les patients atteints de plusieurs affections qui, prises isolément, ne justifieraient pas l’exonération, mais dont la combinaison entraîne un état invalidant nécessitant des soins continus d’une durée supérieure à six mois. Ce dispositif reste sous-utilisé, alors qu’il répond à des situations cliniques fréquentes chez les patients âgés polymédiqués.
Reste à charge réel malgré l’exonération du ticket modérateur
L’exonération du ticket modérateur ne signifie pas disparition de toute dépense. Plusieurs postes échappent à la prise en charge à 100 % et constituent un reste à charge parfois significatif.
Les dépassements d’honoraires ne sont pas couverts par le dispositif ALD. Un patient suivi par un spécialiste en secteur 2 paie la différence entre le tarif pratiqué et le tarif de convention, quel que soit son statut. La participation forfaitaire et les franchises médicales s’appliquent également aux bénéficiaires d’ALD, bien que plafonnées annuellement.
Les soins sans rapport avec l’affection exonérante restent soumis au régime de droit commun. Un patient en ALD pour un diabète de type 2 qui consulte pour une entorse sera remboursé au taux habituel, pas à 100 %. Cette distinction « en rapport / hors rapport » est le pivot du système et génère des incompréhensions fréquentes.
Le rôle d’une mutuelle santé reste donc déterminant pour les patients en ALD, notamment pour la couverture des dépassements, de l’optique, du dentaire et des dispositifs médicaux non remboursés au tarif de base.
Parcours d’accompagnement préventif : vers une évolution du dispositif ALD
La HAS travaille sur une note de cadrage relative au parcours d’accompagnement préventif (PAP) et au dispositif ALD. Ce document vise à définir des critères médicaux d’admission distinguant parcours primaire et parcours secondaire. Le parcours primaire ciblerait les personnes exposées à un risque d’évolution vers une maladie chronique, tandis que le parcours secondaire concernerait les patients dont l’état est stabilisé.
Cette refonte intègre des prestations aujourd’hui peu ou pas remboursées en ALD : activité physique adaptée, accompagnement diététique, dans une logique de co-financement entre assurance maladie obligatoire et complémentaires santé. Nous recommandons aux professionnels de santé de suivre l’avancement de ces travaux, car ils modifieront en profondeur le parcours d’entrée dans le statut ALD tel que nous le connaissons.
Le protocole de soins restera le pivot administratif du dispositif, mais les modalités d’admission et le périmètre des prestations couvertes pourraient s’élargir significativement, en amont comme en aval de la reconnaissance ALD proprement dite.

