Signe du glaçon : la palpation qui détecte un foie noyé dans l’ascite

Le signe du glaçon est un signe de palpation de l’abdomen : en déprimant brusquement la paroi sous les côtes droites, le médecin sent le foie s’enfoncer dans le liquide puis revenir buter contre ses doigts, comme un glaçon qu’on pousse au fond d’un verre d’eau. Il traduit une ascite abondante, c’est-à-dire un épanchement de liquide dans l’abdomen, associée à un foie palpable.

Signe du glaçon : définition et principe du rebond du foie

L’Office québécois de la langue française le définit comme la perception, en cas d’ascite, du choc en retour du foie par la main qui a brusquement déprimé la paroi de l’hypochondre droit. Le foie peut alors être perçu comme abaissé ou augmenté de volume. On parle aussi de ballottement hépatique.

Le principe tient à deux conditions réunies. Il faut assez de liquide pour que le foie flotte, et un foie assez volumineux ou assez bas pour être atteint par la main. Sans liquide, il n’y a pas de rebond : le foie reste fixe sous la paroi.

Comment le médecin recherche le signe du glaçon

Le patient est allongé sur le dos, l’abdomen détendu. Le médecin pose la main à plat ou les doigts joints sous le rebord costal droit, puis exerce une dépression brève et sèche de la paroi. Si le signe est présent, la main perçoit un choc au retour, bref, comme un contact léger contre un corps flottant.

Le geste est indolore et ne dure qu’un instant. Le patient ressent simplement une pression passagère sur le ventre.

Mains d'un médecin posées à plat sur l'abdomen pour un examen

Le même principe de ballottement sert au genou, avec le choc rotulien : en cas d’épanchement articulaire, la rotule enfoncée par le doigt remonte contre lui. Dans les deux cas, un organe ou un os flotte dans un liquide et revient frapper la main qui l’a repoussé.

Ce que révèle un signe du glaçon positif

Un signe du glaçon positif oriente vers une ascite de grande abondance. Les recommandations européennes sur l’ascite la classent en trois stades : le stade 1 n’est visible qu’à l’échographie, le stade 2 donne une distension modérée et symétrique de l’abdomen, le stade 3 une ascite volumineuse. Le rebond du foie relève donc des stades où l’ascite se voit déjà à l’examen.

L’inverse n’est pas vrai. Selon le Manuel MSD, des volumes inférieurs à 1 500 mL peuvent ne produire aucun signe clinique, et un signe négatif n’écarte pas une petite ascite.

Les autres signes de l’ascite à l’examen

Le médecin ne s’appuie jamais sur un seul geste. Il cherche aussi une matité déclive des flancs à la percussion et le signe du flot, qui consiste à percevoir une onde de liquide d’un flanc à l’autre. L’abdomen distendu et une prise de poids rapide complètent le tableau.

Quand la cause est une maladie du foie, d’autres manifestations peuvent s’y ajouter, dont les démangeaisons des mains, que l’on rapporte parfois à tort à une simple irritation de la peau.

Les causes d’une ascite et sa gravité

Dans les pays occidentaux, la cirrhose est la cause sous-jacente de l’ascite chez environ 75 % des patients, selon les recommandations de l’Association européenne pour l’étude du foie (EASL). Les autres causes sont les tumeurs malignes, l’insuffisance cardiaque, la tuberculose et les maladies du pancréas.

Une cirrhose qui se complique d’ascite fait partie des signes d’une maladie chronique avancée. Les mêmes recommandations indiquent une mortalité d’environ 40 % à un an et 50 % à deux ans chez le cirrhotique avec ascite.

Chez la personne âgée, l’ascite d’un cancer avancé ou d’une insuffisance cardiaque s’inscrit parfois parmi les signes de fin de vie, ce qui change l’objectif de la prise en charge.

Échographie et ponction : confirmer et comprendre l’ascite

L’échographie confirme l’ascite et en détecte de très petits volumes, de l’ordre de 100 à 200 mL d’après le Manuel MSD, bien en dessous de ce que révèle la palpation. Elle reste l’examen qui tranche quand le signe du glaçon est douteux ou absent.

Appareil d'échographie abdominale dans une salle d'examen

La ponction exploratrice analyse le liquide. Les recommandations EASL la préconisent au premier épisode d’ascite de stade 2 ou 3. Un gradient d’albumine entre le sérum et le liquide d’ascite supérieur ou égal à 1,1 g/dl rattache l’ascite à une hypertension portale, et plus de 250 polynucléaires neutrophiles par mm3 définissent une infection spontanée du liquide.

Un ventre qui gonfle vite, une fièvre, une douleur abdominale ou une confusion justifient de consulter sans attendre, comme les symptômes qui imposent les urgences.

Le signe du glaçon reste un geste d’examen, réservé au médecin. Seuls l’échographie et l’analyse du liquide permettent de nommer la cause et de décider du traitement.

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